Pakistan |
sur les routes pakistanaises... "Wow, vous etes de Nouvelle Zelande? Votre equipe de cricket n'est pas au top!" A peine sommes nous entres au Pakistan que le monde du cricket est omni-present. Yvoine qui depuis bien longtemps se refuse a comprendre ce sport (l'un des rares en fait...) se met meme a en apprendre les regles, en admirant tous ces Pakis qui jouent dans la rue... 60km apres la frontiere, nous arrivons a Lahore, dans le Punjab pakistanais, et ancienne capitale du Punjab au temps de la colonisation anglaise quand Pakistan et Inde ne formaient qu'un seul pays. Nous nous mettons presqu'immediatement a la recherche de cet espresso, activite recurrente, et forme de rituel, lorsque nous arrivons dans une grande ville. Alors que nous deambulons a la recherche de cette machine, nous voyons un petit panneau au-dessus de nos tetes: "CRAVE, coffee shop and bakery". Il ne nous en faut pas plus. CRAVE? Le cafe ou nous avons si souvent partage un cafe avec nos copains cyclistes a Sydney, apres avoir pedale ensemble? Pour nos copains, nous nous devons d'y jeter un coup d'oeil. Et on a bien fait. On y trouve une machine a espresso... Premier bon signe. Mais le cafe n'a ouvert qu'il y a quelques semaines, et ils ne savent pas vraiment comment s'en servir. Mike se lance dans des lecons: espress0, espresso serre, machiatto, cappuccino... Le proprietaire, Momin, et son barrista prennent des notes, curieux, attentifs et appliques. Nous nous lions rapidement d'amitie avec Momin, jeune pakistanais de 26 ans qui a fini ses etudes de "design interieur" et qui vient de se lancer dans ce projet. Il nous invite a diner le lendemain soir, avec son cousin Sohail. De la terrasse d'un restaurant de la vieille ville de Lahore, nous admirons, dans le frais de la nuit, la magnifique mosquee illuminee en contre-bas. Et nous decouvrons un Pakistan qui se modernise mais ou les traditions sont toujours si ancrees. Au premier abord, Momin nous semble si proche, si semblable a nous, dans ses aspirations, ses gouts, ses projets. Il a monte son propre business, il aime l'architecture et le design, la bonne musique et un bon cafe. Il s'habille comme on s'habillerait si on n'etait sur les velos. Il aime le cinema, la photo, etc. Mais au fil de la conversation, une autre realite prend aussi forme. Momin est fiance depuis 3 ans, a la soeur de Sohail. Ses parents le poussent a se marier. Mais il ne veut pas. D'abord, il n'a pas choisi cette femme, et meme s'il la respecte, il ne veut pas de ce mariage pre-arrange (comme le sont la majorite des mariages au Pakistan). Et puis se marier, ca veut aussi dire avoir un enfant dans l'annee, et 4 dans les 6 prochaines... Il se sent coince. La famille est trop importante pour qu'il puisse dire non a son pere. Alors il recule l'echeance, encore et toujours... Devant nos visages incredules qui leur demandent si les couples s'entendent bien au Pakistan, alors que la tradition donne a la mere du fils quasiment toujours le choix de sa future belle-fille: "les couples s'entendent, c'est comme ca que ca se passe ici". Forcement, ce que nous decouvrons au fil de nos journees passees au Pakistan, c'est qu'il ne peut y avoir de problemes de couple: l'homme est tout puissant, la femme objet, et il y a tres peu de relation entre mari et femme. En tous cas, pas comme nous l'entendons chez nous... Momin nous demande si notre mariage est un mariage d'amour? Ce a quoi nous repondont par l'affirmative... Nous comprenons par la suite qu'un mariage d'amour au Pakistan, par rapport a un mariage arrange, c'est un mariage ou l'homme rencontre sa future femme avant le jour du mariage... A Lahore, nous reparons nos velos, changeons quelques pieces qui apres 10000km montrent des signes de fatigue... Et puis nous reprenons la route vers le sud d'abord, puis l'ouest. Cette route pakistanaise est faite de ces moments speciaux du voyage: tant d'offres de the, de "a salam aleykoum!" et de chapatis partages le long de notre chemin. Il nous faut parfois refuser, au risque de ne plus jamais quitter ce pays! "Soyez nos invites" nous disent-ils, et ils nous encouragent a rester chez eux, une nuit, ou plus encore... Un professeur nous arrete en nous offrant des peches, et nous demande de venir dire bonjour a ses eleves. Un proprietaire de restaurant s'assoit sous un arbre avec nous, partageant the et chapatis, et nous parle des extensions de son entreprise. Impossible de payer. Impossible souvent aussi de refuser. Nos corps vivent au rythme de ces chais et de ces sourires, de ces nombreuses et interminables conversations... Alors que nous cherchons un endroit ou dormir a Mian Channu, petite bourgade sur la route de Quetta, nous nous faisons approcher (rien d'anormal) par un pakistanais sur sa moto: "venez chez nous, mon pere est un grand cycliste, soyez les bienvenus". Intrigues, mais surtout attires par l'idee de rencontrer un cycliste pakistanais, nous suivons notre moto, dans les petites ruelles cahoteuses de l'arriere-ville. Et nous debarquons, effectivement, dans un autre monde. Le Dr Mirza, cycliste, homeopathe et philosophe a ses heures perdues nous attend, un petit "compteur a prieres" a la main (a chaque priere, il actionne un petite poignee qui rajoute un priere au compteur: il en est a 780000 quand on arrive, il a passe le million quand on repart 36 heures plus tard). "Bienvenue, bienvenue dans notre maison. Les cyclistes forment une grande famille. J'en fait partie, et vous aussi!" Quelle surprise de decouvrir le Dr Mirza et sa famille. Nous sommes d'abord un peu pris de court lorsqu'il nous annonce, de plus haut de sa voix, et a forces de grands gestes comme pour etre sur qu'aucun mot ne nous echappe, qu'il a couru pour le Pakistan aux jeux olympiques de Rome et Tokyo. Il a aussi participe au tour de France (qu'il a fini) en 63! Mais surtout, il a parcouru les routes du monde sur son velo dans les annees 50, pendant 7 ans. Tant de portes lui ont ete ouvertes que depuis, la sienne l'est aussi. Tres vite, nous nous voyions dans l'obligation de prendre une journee de repos pour partager un peu plus avec cette famille. Dr Mirza ressort ses velos: de sous les lits, du fonds de grandes malles, derriere les cartons ressortent en pieces detachees les 7 velos, tresors cheris du docteur. Ses yeux brillent, il les regarde, nous regarde. Il les aime, ces velos, tous les velos. Comme il nous le dit, c'est toute sa vie! A 82 ans, le docteur est etonnant de force, et d'energie. Il a appris l'homeopathie en Allemagne dans les annees 60, qu'il pratique depuis au Pakistan, et que son fils maintenant pratique aussi. Sur les murs de sa maison, on peut lire inscrits au marker ses pense-betes homeopathiques... Une dose de ci si les symptomes sont tels... Et meme dans un coin le message d'un patient: "Docteur, mal au foie, je suis venu, aie attendu mais vous n'etiez pas la, voici mon adresse, venez me voir!" Tous ces messages inscrits sur les murs du couloir de l'entree, en anglais, au milieu des phrases mulsumanes de bienvenue ou de priere. Interminables repas partages avec le docteur, sa famille, son fils Guddu et ses amis. Tous veulent que l'on passe dire bonjour a leurs familles respectives. Interminables thes a boire, et encore a nouveau repas a partager! Bien souvent, Mike doit rester dans la premiere piece de la maison, celle des invites. Yvoine est authorisee a voir le reste de la maison, en particulier les femmes, en general dans la cuisine. Nous repartons a la premiere heure le lendemain, suivis par le Dr Mirza et l'un de ses fils, en voiture. Au bout de 45 minutes, ils font demi-tour et nous laissent continuer... Pour revenir une petite demie-heure plus tard avec notre petit--dejeuner! Que nous partagerons une derniere fois avec eux, avant de nous diriger cette fois-ci pour de bon vers les montagnes du Balochistan, qui nous attendent a l'ouest. Il ne nous faut pas longtemps pour trouver des paysages beaucoup plus arides, et nos premiers chameaux! Nous approchons du desert. Nous sommes heureux de retrouver les montagnes alors que nous entamons la montee vers Fort Munro a 1700m d'altitude. Nous retrouvons aussi les routes pourries, puisque les pakistanais sont en train d'elargir la route a coups d'explosifs... en attendant que cela soit fini, a nous la poussiere, les trous, les bosses et autres plaisirs! Qui nous sont tellement familiers maintenant! La encore, nous sommes invites a passer la nuit chez Ahmed, proprietaire d'un restaurant. Assis sur son toit, nous regardons le soleil se coucher sur les montagnes, et un magnifique spectacle d'eclairs alors qu'un bel orage approche. Dans ce pays sans alcool qu'est cense etre le Pakistan, Ahmed - comme tant d'autres avant lui - nous offre le fameux whisky Pakistanais, qui permet d'etre saoul mais de ne jamais etre malade...? Avec les montagnes, les temperatures baissent un peu, mais nous continuons de demarrer nos journees sur les velos juste avant le lever du soleil, accompagnes du chant des muezzins ou des anes. Un matin, alors que nous demarrons a 4 heures, nous ne roulons pas 5 minutes, que nous nous faisons arreter par la police, a moto et en voiture, girophares et sirenes tranchants dans le silence et le noir de la nuit. Forces de nous arreter, ils nous offrent le the pendant qu'ils reglent les dernieres details de notre escorte! Ils nous ont vu arriver la veille, nous ont attendu toute la nuit, et nous escortent maintenant vers Ziarat! Dommage que les photographies des autorites soient interdites, parce que la photo de nos 2 policiers sur leur moto, l'un conduisant, l'autre le fusil a la main, aurait certainement valu le detour. Nos escortes se relaient suivant leur jurisdiction, sur les quelques centaines de kilometres suivant. Partant en avant de temps a autre pour nous preparer le the et les biscuits, ou le dejeuner, ou nous ramasser des peches dans un verger environnant! A force de the, de biscuits, de chapatis, d'escortes et de "Salam Aleyk", nous arrivons a Quetta, au coeur du Balochistan. Il ne nous reste plus qu'a affronter 800km de desert pour arriver a Zahedan, premiere ville iranienne. |
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