Pakistan |
messagers de paix "Faites en sorte, quand vous etes de retour, d'etre des messagers de paix..." Il a l'allure d'un bonhomme Michelin, version pakistanaise, avec une grosse moustache, et des yeux noirs profonds qui sourient mais qui ont soudainement tourne au serieux. Il est gerant de la poste centrale de Multan, au centre du Pakistan. Nous nous y sommes rendus pour envoyer quelques cartes en France et en Nouvelle Zelande. Et comme d'habitude, nous finissons par prendre le the, d'un bureau a l'autre, le temps d'une conversation ou deux. Et comme de si nombreux Pakistanais rencontres le long de la route, notre gerant postier regrette tellement d'etre catalogue "terroriste" dans le monde occidental. Ils n'ont pas completement tord. Combien de gens nous ont dit de ne pas nous rendre au Pakistan? Combien de fois ces 3 dernieres annees la longue barbe noire a ete associee aux extremes mulsulmans? Combien de fois l'amalgame a ete fait entre Islam et terrorisme? Ne soyons pas naifs, effectivement il y a un courant conservateur musulman au Pakistan. Le Balochistan, a l'ouest du pays, fut d'ailleurs la base depuis laquelle les talibans se sont empares de l'Afghanistan il y a quelques annees, via Kandahar. Tout n'est pas rose. Mais le Pakistan nous revele un visage incroyablement chaleureux (meme si masculin... nous y reviendrons). Nous re-apprenons, ou peut-etre meme nous apprenons tout court, ce que veut dire "hospitalite", "accueil". Nous sommes sur-accueillis. Ici un the, la des chapatis, la encore un coin dans un caravanserail ou dormir... Il n'y a pas de limites a la generosite de ces gens. Nous nous voyons meme forces de refuser de temps a autres, parce-que les invitations tombent tous les 4 kilometres. A ce rythme la, nous n'arriverons jamais en Iran! C'est une vraie lesson pour nous, et probablement pour le monde occidental en general. Lorsque nous expliquons cela a un agent de la poste a Quetta qui nous offre un enieme the, il nous regarde meduse et incomprehensif: "mais c'est la vie! rencontrer, batir et entretenir une relation, c'est la vie! Le the, ce n'est qu'une excuse pour passer du temps ensemble. Mais sans ca, sans tous ces moments partages entre collegues, amis, famille, qu'est ce que c'est la vie?" Quand nous lui expliquons nos vies a horaires, nos rendez-vous, nos deadlines, nos courses dans la rue ou le metro parce-qu'on est toujours en retard, il secoue la tete... Le Pakistan nous renvoie a la figure le 11 septembre 2001 et tout ce qui s'est passe depuis 3 ans. Sauf que l'on est de l'autre cote. Encore et toujours, ces gens "ordinaires" que nous rencontrons le long de la route veulent la paix. Ils s'irritent a l'idee de morts innocentes. Les attentats de Londres, perpetres alors que nous sommes dans ce pays, remettent le sujet au centre des conversations. Ils souffrent d'etre appeles terroristes. Ils nous demandent "sommes nous des terroristes?" "que pensez vous d'Ousamma Bin Laden?" "Et du President Bush?" Nos reponses sont honnetes, meme si l'on a parfois l'impression de marcher sur un fil. La situation telle qu'elle est est infiniment triste. Elle met des barrieres a la connaissance de l'autre et a la rencontre, elements essentiels de la paix sur terre. Quand au terrorisme, nous ne pouvons biensur l'accepter, que ce soit aux Etats-Unis, en Iraq, en France, ou au Pakistan. Les morts aveugles et innocentes ne peuvent se justifier. "Mais, etes vous musulman?" demandent-ils encore. Notre reponse a cette question est toujours la meme: il n'y a qu'un Dieu, appelez le Allah ou Dieu ou autre chose encore... Les reactions sont unanimes a cette reponse: "venez donc boire le the, nous sommes tous freres!" Un soir, alors que nous sommes assis dans une petite maison de the, a meme le sol, a deguster le the et manger des naans, notre hote allume la television. Le general Musharraf s'adresse a ses troupes, et a la nation en general. Son discours est mi en Urdu, mi en anglais. Nous sommes impressionnes. Ses mots sont simples: construisons ensemble un Islam moderne et ouvert. Le General Musharraf qui a pris la gouvernance du pays par un coup d'etat militaire il y a quelques annees semble vouloir, peut etre doucement certes, faire avancer son pays... Meme sur la question des femmes, il s'est oppose publiquement - sans pour l'instant faire passer de loi cependant - aux meurtres d'honneur. Cette excuse que les hommes ici prennent, en gros 1000 fois par an, pour tuer leur femme, leur soeur, leur fille, en toute impunite, pour un regard pose sur un homme ou une conversation un peu trop intime avec un voisin... Ah les femmes! Dans ce Pakistan si accueillant et si chaleureux, nous sommes cependant confrontes a un vrai point noir: les femmes... Ou sont-elles, tout d'abord? Nous pedalons dans un monde d'hommes... a 99.99%. Les quelques femmes que nous voyons, ce sont des tentes (la traduction litterale du Tchador est "tente" et effectivement, a les voir se deplacer couverte de la tete aux pieds, elles ressemblent a des tentes, ou encore, lorsque leurs tenues sont blanches, nous y trouvons une curieuse et bizarre ressemblance avec les membres du KKK...). Ou comme Mike, trouvant les mots si justes, le declare alors que nous sommes en selle et qu'un mini-bus nous double, les fenetres encagees, et 6 femmes-tentes a l'interieur: "on dirait une prison, sauf que les yeux sourient". Au bout de quelques jours, cela en devient etouffant ce monde d'hommes. Alors nous posons des questions. La reponse la plus creative que nous ayons eu est la suivante: "comment voulez vous que nos femmes sortent dans la rue? Il y a trop de monde. Avec leur voile, elles ne pourraient se deplacer..." Tout ceci est dit avec le plus grand serieux. Mais surtout, au fil des jours, au fil des conversations, c'est la facon dont les femmes sont considerees, traitees, qui met mal a l'aise. Pour nous qui ne nous sommes jamais vraiment rallie a la cause feministe, cela nous donne envie de nous battre pour le droit des femmes. La femme n'est rien de plus qu'un objet ici, bien utile pour engendrer des garcons. Bien souvent, les hommes s'adressent a Mike, ignorant completement Yvoine. Ils lui demandent s'il a des freres? Des fils? Bien souvent, les gens si sympathiques que nous rencontrons sur la route nous annoncent fierement qu'ils ont 3 fils. Et les soeurs? Et les filles? Ils sont surpris que nous demandions... Plusieurs fois, a la demande des professeurs, nous nous arretons dans les ecoles. Emplis de garcons. Ou sont les filles? "Dans les montagnes" nous repond-t-on ici. Ou encore: "Elles vont parfois a l'ecole de 5 a 12 ans, apres, c'est mariage, foyer, et engendrement de garcons, inch allah". Biensur, il semble que les choses changent dans les plus grandes villes, comme Lahore par exemple, ou il y a plus de femmes dans la rue, et ou le voile est moins une prison. Sur la route meme, les comportements ne sont pas tous les memes. Et de nombreux pakistanais discutent ouvertement et semble-t-il avec plaisir, avec Yvoine (ce qui nous encourage a penser que le tel traitement des femmes n'est pas forcement lie a l'Islam ou que ce n'est pas simplement une question de difference culturelle). Mais la realite sur la route est parfois bien deconcertante. Elle reste comme une ombre froide sur l'accueil si chaleureux que nous avons recu. Alors oui, nous voulons etre des messagers de paix. Pour les Pakistanais et le Pakistanaises... |
// vous pouvez voir toutes nos photos sur la photolibrary.
|
|