Inde

sans repit...

L'Inde aura ete difficile a traverser... Elle aura ete difficile a apprecier, a decouvrir, a voyager. Pour tout dire, nous voulions presque la quitter a peine y etions nous entres, et alors que nous ecrivons ces mots depuis Lahore, Pakistan, nous sommes effectivement contents de l'avoir quittee.

Paroles et pensees avec lesquelles nous ne nous sentons pas comfortables, mais malgre tous nos efforts, nous gardons de ce pays des images etouffantes, transpirantes, bruyantes, accablantes, assommantes. Nous avons du nous construire des carapaces pour nous proteger: des foules, de la circulation folle, des chiens, des mendiants... Nous nous retrouvons face a face avec une realite difficile a supporter, nous jetant a la figure tant de maux de notre monde: pauvrete, manque cruel d'hygiene, d'education, bref, a grande echelle: le "tiers-monde", comme plus personne ne veut maintenant l'appeler. Realite d'autant plus insupportable que nous ne savons comment reagir, confrontes a ce systeme si inegalitaire, si injuste, mais qui semble si ancre, si innebranlable: les castes. Non moins que de l'esclavage moderne, ce systeme, au jour le jour, nous montre son terrible caractere, sans honte, et sans etats d'ame. Chacun reproduit sur ceux et celles qui sont d'une caste inferieure les souffrances, le non-respect, le dedain qu'ils recoivent eux-memes de la caste superieure a la leur (particulierement le cas pour les bas echelons du systeme). C'est un systeme detestable de par sa rigidite et sa reproductivite. On voudrait y donner un coup de pied a la figure s'il etait seulement possible d'ebranler un systeme ainsi. Nous avons du mal a apprecier "le moment" en Inde, parce-que toujours, ces petits signes nous rappellent la realite: en Inde, avant d'etre un homme ou une femme, on est un nom, celui d'une caste. Et cela determine la suite. Lorsque nous prenons un the (un de nos innombrables thes!) par exemple, comment apprecier la conversation avec le proprietaire, alors que dans le meme temps il traite le jeune garcon qui lave nos tasses comme un animal...?

Biensur, nous avons apprecie de pouvoir echanger avec les quelques indiens des castes superieures, les seuls rencontres qui parlent l'anglais. Certains, comme cette femme, proprietaire d'un restaurant et qui nous offre sa pelouse (precieux coin d'herbe verte en Inde!) pour que nous puissions camper, nous parlent de leur pays et de la necessite de faire de l'education de tous les indiens la priorite numero 1. Et il est vrai aussi que certaines choses changent en Inde, que le gouvernement essaie de mettre en place des systemes de discrimination positive, pour que les "hors-castes" ou les "basses-castes" puissent decider un peu plus de leur avenir... Mais tout de meme, depuis nos velos (et nous sommes bien conscients que depuis nos velos nous decouvrons seulement une certaine facette de l'Inde, pays tellement heterogene), sur les routes d'Inde, la realite que nous rencontrons semble bien figee. Nous avons du mal a imaginer un reel developpement en Inde - qui se developpe, c'est clair, les signes du developpement sont partout visibles - sans l'abolition complete de ce systeme. Mais il ne s'agit pas seulement de l'abolir au niveau du gouvernement, depuis "le haut". C'est dans la tete et les veines de tous ces habitants que ce systeme est ancre, depuis si longtemps...

A part ce systeme des castes, il y a la circulation biensur... Epuisante au mieux, carrement dangereuse au pire (le pire etant la plupart du temps). Sur la route, il y a bien quelques policiers de temps a autres, mais plus pour la decoration qu'autre chose. Le probleme, c'est que ces gens - surtout les chauffeurs de bus - conduisent comme des tares, ou des vaches (au choix), mais en plus la vie humaine est un concept qui pese bien peu de poids... Alors tuer un cycliste ou 2, ou un gars sur son ane, ce n'est pas vraiment un facteur de moderation. Nous ne nous demontons pas, et occupons avec tenacite une voie complete (sur les 2) - seule facon de faire ralentir les vehicules qui fusent des 2 cotes a notre approche, et de ne pas se faire renverser ou pousser dans les bas-cotes/fosses/egouts le long des routes. Les conducteurs ont l'air plutot surpris, pas habitues a ce que 2 cyclistes leur tiennent tetes. Et encore moins, en pays Sikh (lorsque nous traversons le Punjab, au nord/est de Delhi), une femme! Dans un monde d'hommes, et decidement que d'hommes, Yvoine ne se demonte pas et continue d'engueuler les chauffards, et d'expliquer le code de la route aux gens qui en ont oublie les bases. Si cela ne suffit pas, Mike en rajoute, l'air menacant... Bref, nous sommes finalement entres au Pakistan sains et saufs, et surprise, sur ces routes-la, les bus, camions et autres vehicules nous laissent un peu de place sur la route, ralentissant a notre approche...

La chaleur aussi aura ete un defi, notre thermometre atteignant, alors que nous pedalons sous un soleil si dur, des temperatures au-dessus de 50 degres! Nous sommes en general sur nos velos avant le lever du soleil (mais pas trop quand meme vu le cote dangeureux des routes... et la circulation est encore plus dense la nuit que la journee pour eviter la chaleur), et essayons de nous arreter en fin de matinee quand c'est possible. Chaque arret nous vaut d'etre instantannement entoures d'une petite centaine de personnes (au bas mot) et nous realisons que la definition d'espace personnel n'est pas la meme pour tout le monde. C'est a en devenir claustrophobique, les foules se refermant sur nous dans le bruit incessant, la chaleur qui pese comme une dalle de plomb sur nos tetes, et les odeurs... Alors, les premieres moussons qui nous tombent dessus au nord du Punjab sont les bienvenues. Nous sommes trempes jusqu'aux os, mais les temperatures redescendent dans les 25 a 30 degres, et les foules detallent pour trouver un abri...

Nous garderons quand meme quelques souvenirs charmeurs ou joyeux de cette Inde, si heterogene, aux multiples facettes, qui avance et qui change. Ces magnifiques "maharadjas" sur leurs scooters biensur nous emerveillent: tous ces turbans et ces barbes... On se croirait dans un conte des mille et une nuits! Et puis notre premier petit-dejeuner dans le petit cafe d'Ali Baba que nous voyons benir avec de l'encens, en ce debut de journee, sa balance, sa caisse, son livre de comptes, et son disjoncteur! Si la balance pese, la caisse encaisse, l'argent entre dans les livres de compte et l'electricite fonctionne, alors aujourd'hui sera une bonne journee! Ou encore ce garde, qui le fusil a la main, nous offre des melons. Sans oublier ce petit homme qui, perche sur une charette chargee de mangues, tiree par un boeuf plus grand que Mike (oui, vous avez bien lu), nous lance quelques-uns de ses magnifiques fruits...

Et enfin, moment tout a fait special, ces chants Sikhs dans le silence et la douceur de la nuit, assis le long des majestueuses allees de marbre, a admirer le "temple d'or" a Arimtsar, lieu le plus sacre des Sikhs. Qu'il est bon de voir que 24 heures sur 24, ce lieu sacre, cet edifice religieux, accueille sans discrimination hommes, femmes et enfants, offrant quelques 30000 repas par jour et abritant pour la nuit ceux qui le veulent. Nous ne nous sentons pas si etrangers dans cette atmosphere a la fois de rencontre et de recueillement. Et quittons l'Inde sur une note positive...

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