Chine (Yunnan) |
chapeau! Il nous fallait ecrire quelques lignes sur ces gentlemen... Alors que nous les passons sur la route, nous nous disons qu'ils ne ressemblent pas completement a des fermier(e)s chinois(e)s ordinaires, mais pas completement a des cyclistes non plus... Et bien si, chapeau a ces cyclistes chinois qui ont 2300km au compteur, sur des velos qui n'ont qu'une seule vitesse! Ils poussent dans les montees (petites montees, meme sur du goudron), et ils peinent dans le vent. Mais ils continuent! Ils nous annoncent avec un grand sourire qu'ils se rendent a Lhasa. Nous sommes incredules: "sur ces velos?!" Il semble que oui. Ils nous laisseront partir devant, nous les distancons bien vite... materiel oblige! Les quelques bribes echangees dans notre mandarin sommaire, et leurs sourires, ainsi que leur matos (!) resterons bien ancres dans nos esprits alors que nous attaquons les cols devant nous, a plus de 3000 metres d'altitude... Nous faisons un petit detour apres Dali, parce-que ca a l'air beau et parce-que le niveau de la neige est encore assez bas, et nous devons nous rendre a des cols au-dessus de 3000, 4000 et meme 5000m a quelques centaines de km au nord. Nous nous rendons donc a Lijiang, a quelques 2300 m d'altitude, puis Zhongdiang, a 3200 m - dernieres etapes avant le Tibet a proprement parler. Les paysages deviennent vertigineux. Les gorges du "tigre bondissant" ou se projette le Yanktse Kiang a toute allure nous voient suivre une petite route taillee dans des falaises qui tombent a pic depuis le sommet de la "montagne enneigee" (c'est son nom) a 5500m jusqu'au Yanktse a 1700m. L'orge remplace le riz le long des pentes terrassees, et les buffles font place aux yaks - plus costauds, plus poilus et plus agiles dans les pentes raides. L'architecture des maisons, la facon dont les gens s'habillent changent peu a peu, pour affronter un climat plus rude, un environnement plus isole et plus extreme. Nous continuons de monter, avec excitation, les lacets interminables de ces cols: 2800m, on redescend, 2950m, on re-descend, 3400m, on re-descend a nouveau, puis 3550m... Chaque fois, on descend un peu moins bas, et on remonte un peu plus haut. Nos coeurs battent, et nous nous sentons plein de vie, bientot nous toucherons les nuages! A 3300m, nous trouvons la neige, le long de la route, et enfin nous portons tous ces vetements que nous transportons depuis Singapour! Le vent, le froid, quelques averses: alors que nous montons, nous affrontons les elements de plus en plus extremes. Finies les journees a 180km comme en Thailande, mais quelle emotion alors que nous decouvrons une nouvelle vallee ou un nouveau plateau au detour d'un col, ou d'un virage. Nous nous arretons dans des petits villages de plus en plus tibetains pour reprendre des forces, et les feux de bois au milieu de la cuisine nous font le plus grand bien. Nous nous y blottissons, en sirotant un the vert, et en mangeant notre bol de riz accompagne de la specialite locale. Le tout accompagne des sourires, de l'emmerveillement, et des encouragements des villageois. Telles ces femmes qui trouvent que ce que nous faisons est bien dur, qu'elles ne pourraient pas le faire... Mais dans le meme temps on les voit porter des kilos le long de ces cretes pentues, et travailler dans les champs... Les maisons ressemblent maintenant a des forteresses: de grands murs blancs font face au vent, et de l'autre cote, un mur plus bas entoure la cour ou la vie s'organise. Les maisons sont massives, faites de troncs et de planches de bois - et pas de clous -, les yaks et autres chevres vivent en-dessous de la maison. Chorten, petites pagodes, drapeaux et moulins a priere... Nous approchons de Zhongdiang et nous sentons nous approcher du Tibet dans lequel nous esperons tellement pouvoir entrer. Theoriquement, "legalement", il nous est interdit de voyager au Tibet sans faire partie d'un voyage organise. Le voyage independent, surtout a velo, n'est pas encore permis. Nous avons donc repertorie les check-points du PSB (Police Security Bureau) et nous tenterons de les passer a 3h du mat, pendant que tout le monde dort. Nous comptons aussi sur le fait que les conditions sont plutot positives en ce moment: d'abord la Chine a tres clairement compris que le tourisme apportait des devises, ca incite parfois a fermer les yeux... Et puis la Chine se prepare en grandes pompes aux jeux olypiques de 2008, alors mieux vaut garder les touristes du bon cote. Mais a nouveau, nous sentons ce degre d'incertitude qui va nous accompagner: pourrons-nous passer? Il ne s'agit plus de savoir s'il y aura un pont sur le Mekong, ou si la route n'aura pas ete reclamee par la jungle. Cette fois-ci, le jeu, c'est d'eviter les monsieurs en uniformes gris... Nous quittons Zhongdiang pour affronter notre premier col au-dessus de 4000, et nos derniers kilometres dans le Yunnan. Au premier col apres Zhongdiang, a 3500m, nous faisons face a notre premiere tempete de neige: le vent souffle fort et les flocons nous brulent le visage. Nous nous refugions dans une petite maison tibetaine - petit paradis -, ou un jeune couple nous accueille avec des expressions qui disent "que faites vous ici sur des becanes comme ca par un temps pareil?"... Que la chaleur du feu au centre de cette petite piece sombre et sobre nous fait du bien! Nous buvons notre premier the au beurre de yak. La premiere gorgee est ecoeurante tellement c'est riche, la deuxieme est plus neutre. A la troisieme gorgee, nous nous delectons presque, et surtout nous rendons bien compte de toute l'energie que cette boisson va nous donner. Et puis ce jeune couple aux visages si souriants nous offrent aussi du fromage (de chevre ou de yak?) grille sur le feu, et de la tsampa (farine d'orge). "Il vous faut prendre des forces!" ont-ils l'air de nous dire! Mais ces minutes precieuses aupres du feu doivent avoir une fin et les mots de mike deja resonnent: "allez, quittons ce "faux" paradis". Et devant les expressions incredules de nos hotes de quelques moments, nous renfourchons nos velos pour affronter cette tempete de neige qui continue de sevir dehors. Au fil des lacets qui nous font redescendre a 2000m d'altitude, la ou le Yanktse a creuse son lit et doucement se prelasse en descendant des montagnes tibetaines, nous retrouvons un meilleur temps. Et c'est meme sous un soleil radieux - mais pas sans vent! - que nous nous attaquons le lendemain a notre triple-col: 4200m, 4100m, 4200m, sous l'oeil de la magnifique montagne Meili qui trone a quelques 6740m. La montee est longue (60km) et lente, et nous ne pouvons dire sur combien de photos et videos souvenirs de vacances nous allons terminer, mais les touristes ont l'air d'apprecier notre allure a l'assaut de ces cols! Plus on monte, plus la vue est a couper le souffle. Alors que nous quittons a nouveau le goudron pour une route pavee, chaque lacet nous mene un peu plus haut, la ou la neige couvre encore les petits chalets et ou les glaciers font montre de toute leur puissance et grandeur. Il semble que nos carapaces ne sont plus assez grandes pour contenir nos coeurs qui sont pret a exploser de tant d'emotion: tant de beaute, et le silence immense qui nous entoure! Nous campons dans un contrebas, au milieu de 2 cols, a quelques 4100m d'altitude. Nous devorons nos dernieres spaghettis italiennes (Barilla!) et passons quelques heures pres du feu, entoures de sommets a plus de 5 et 6000, du silence, de la neige, et de la pleine lune qui baigne. Il fait bien froid au reveil, alors tels des bonhommes Michelin, nous nous attaquons a la descente du col qui nous mene jusqu'a Deqen. Devant nous, le Tibet. Mike aura donc fete ses 32 ans en grandes pompes: premier 4000; gingernuts (biscuits neo-zelandais preferes de mike, specialement envoyes en poste restante par ses parents!) au petit-dej avec une tasse de the, en face des montagnes himalayennes, 30km de descente et presque pas de montee, photo pres de sa borne kilometrique, une biere partagee dans le comfort et la chaleur d'un bar traditionnel tout en bois a 3200m, et 2 bougies (la rouge vaut 30 et la blanche 2) sur un snickers en guise de gateau d'anniversaire. Celebrer l'anniversaire de mike, c'est aussi se rappeler du temps qui passe, et de l'importance de chaque jour - a remplir avec un maximum de vie. Carpe diem, cueillons le jour present! |
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