Chine (Yunnan)

ou est la route? (29 mars au 12 avril 05)

Notre arrivee a Dali, a presque 2000 metres d'altitude, et entoures de pics enneiges a 4000 metres, est de ces arrivees qu'on ne peut oublier... Tous les elements s'etaient coordonnees pour nous donner ce sens de liberte et de pleinitude qui vous frappent quand on se sent tout petit devant une immense beaute. Descente d'une dizaine de kilometres depuis le col qui surplombe cette petite ville au coeur des "montagnes de jade", les pics enneigees et les pentes en contre-bas ressemblant a des dessins d'enfants de par leurs couleurs et la facon dont tous ces pans ont ete cultives avec aciduite, avec un soleil magnifique dont la lumiere embellie et met en valeur la vallee, l' air ambiant de 10 degres qui coupe le souffle mais si pur, le vent qui ne cesse de tourbillonner et de chanter, et en bas, a la fin des tournants et des epingles a cheveux, le lac "a forme d'oreille" qui donne a tout ce tableau une atmosphere paisible. Nous nous laissons emmener par la pente, passons petits villages et pagodes, enfants qui vont a l'ecole et femmes dans leurs costumes multicolores organisant les marches et le reste de la vie quotidienne (et decidons d'ignorer le travail gigantesque de destruction qui est aussi fait en parallele pour installer une nouvelle autoroute...). Ca y est, nous sommes arrives a notre derniere etape avant de nous attaquer aux montagnes himalayennes du Tibet. Et peut etre bien que nos aventures des derniers 10 jours sur les routes chinoises ont contribue a la magie de cette arrivee.

Premiere surprise en arrivant en Chine: s'etant procure des cartes locales, nous nous rendons compte que les cartes de Chine "made in Occident" ne sont pas tres exactes et ont coupe plus de 1000km entre la frontiere et Lhasa! Dont quelques 400km entre la frontiere et Dali. Qu'a cela ne tienne, a force de concentration, on se met a bien dechiffrer les hierogliphes et a se reperer sur les cartes chinoises, en mandarin, bien meilleures. Mais nous nous rendrons bientot compte aussi qu'elles ne sont pas non plus a prendre a la lettre! Certaines routes sont quelque peu futuristiques...

Les chinois sont au travail des la frontiere: des dizaines de milliers d'hommes et de femmes taillent des pierres, betonnent, applatissent, goudronnent, creusent, transportent acier et gravier... L'autoroute "pan-asie" est en train de prendre forme, et c'est plus qu'impressionnant. Le bruit des marteaux qui taillent, et des camions (des centaines de camions) qui klaxonnent s'ajoutent a ce spectacle qui donne la tres nette impression que le Laos etait en veritable hibernation! Les gangs de prisonniers sont aussi au travail, a piocher et deplacer la terre, sous l'oeil plutot pas rigolo de gardes en uniforme kaki et au brassard rouge. Nous passons comme dans un film, mais n'interrompons rien de la tache: ce qui doit etre fait doit etre fait. Autour de cette autoroute en construction, les collines sont toutes tailladees, travaillees, terracees et plantees: tout d'abord, surtout des plantations de the et de caoutchouc - sur des kilometres et des kilometres, puis viendront le riz, les pasteques, les patates... En Chine, on ne compte plus en metres carres (cultives) et quelques dizaines de personnes (au travail), mais en dizaines de kilometres carres et milliers de personnes... Le cote gigantesque de la Chine nous frappe des les premiers kilometres.

La construction de cette autoroute signifie aussi pour nous que l'ancienne petite route sur laquelle nous roulons est plus que saturee de camions. Qui dit camions, dit beaucoup de coups de klaxons (nos tympans en prennent un coup), beaucoup de poussiere et une route bien cabossee. Et comme la route n'est pas large, et qu'un nombre incroyable de ces camions ont des problemes mecaniques (du pneu creve aux boulons perdus dans les tournants en pensant par les virages manques), cela cree des embouteillages sur des kilometres. Et les conducteurs semblent si fiers et si tetus, que lorsqu'ils se croisent pas tout a fait (bref, qu'ils se rentrent presque dedans), ni l'un ni l'autre ne veut faire marche arriere. Donc ils attendent, et creent des embouteillages supplementaires. Nous sommes donc assez fiers de passer ces files de vehicules bloques! Dans toute cette poussiere, circulation et decibels, un photographe (professionnel probablement vu l'allure de son appareil) sort de sa voiture, nous offre de l'eau, et nous prend en photo pendant l'effort et en posant... Tout cela accompagne de franches felicitations et de grands sourires.

Nous sommes arrives dans le pays du the vert, qui nous est offert non-stop le long de la route. Alors, pendant que nous profitons de ces tasses de the bien chaud prises le long de la route, les locaux s'emerveillent devant nos montures, et , mi-heberlues, mi-fascines, essaient nos casques de velo. Etant donnes la densite de peuplement de la chine et le niveau d'habitation le long de la route, camper est la plupart du temps difficile. Surtout quand on sait que c'est aussi illegal et que la Chine est sur-policee. Nous gardons notre tente pour les fois ou nous sommes au milieu de nulle part dans les montagnes, et dans les vallees decouvront les petites "auberges" locales. Pour 5 yuan pour tous les deux (US$0.60!), nous recuperons un lit, et the et pamplemousse en prime! Ainsi que la joie - et decouverte - de passer quelques heures en compagnie de ces familles qui s'occupent de ces petites auberges. L'occasion de perfectionner notre mandarin et de boire le the, encore et toujours, et pour les chinois, de fumer ces enormes pipes verticales, longues d'un metre et large de 15cm. Nous aurons meme l'occasion d'etre reveilles par la police chinoise a minuit et demi, a grands coups frappes sur la porte. Nous ne comprenons pas tout ce qui se passe dans ce tableau quelque peu irreel, tires de nos reves pour sortir nos passeports devant deux uniformes officiels dont les directives en mandarin nous sont completement incomprehensibles. Un autre soiree, il n'y a ni fontaine ni douche pour pouvoir nous laver. Qu'a cela ne tienne, la jeune chinoise qui s'occupe de l'auberge, chauffe de l'eau sur le feu, et, au milieu de la cuisine, l'un apres l'autre, nous lave les cheveux (2 fois!), puis le visage, puis les oreilles, a force d'instructions en mandarin. Nous nous executons comme des petits soldats, avant d'etre guides dans une autre petite cabane pour le reste de la douche... Au jour le jour, nous decouvrons un peuple extremement accueillant, mais aussi mesurons de plus en plus a quel point nous sommes differents. Nous nous laissons souvent veritablement "diriges" ici et la, nous adaptant aux cultures locales du mieux que l'on peut.

Et puis 48h d'orages nous forcent a nous arreter: la pluie est diluvienne, le tonnerre resonnent avec fracas. Au premier rayon de soleil nous repartons pour decouvrir que notre pauvre route - en plein travaux (toujours cette autoroute) - est devenue un terrain de jeux quelque peu boueux... Mais nous devons passer, alors nous pedalons, et poussons de temps a autres, dans 30 a 50 cm de boue fraiche. Nous passons plusieurs vehicules coinces, bloques dans des bains de boue. L'avancee est difficile, instable et nous collectons des kilos de boue sur nos velos... Nous camperons au beau milieu de tout cela, avant de retrouver du goudron le lendemain apres quelques dizaines de kilometres supplementaires. Mais pas pour longtemps. Notre belle route goudronnee, 4 voies, que nous avions retrouve avec plaisir, ne dure que 40km. Elle devient ensuite une piste, et s'empire de kilometre en kilometre. Nous ne cessons de demander notre chemin et tous concordent: vous etes bien sur la bonne route. Mais ou est la route? Certains ponts ne sont pas finis, et nous devons descendre sur des petites pistes ensables et cahoteuses jusqu'a la riviere avant de remonter de l'autre cote. Et notre inquietude augmente au gre des kilometres, alors que nous voyons tres clairement sur la carte qu'il nous faut traverser le Mekong a un moment ou un autre. Plus nous nous en approchons, plus nous recuperons des signaux differents des travailleurs routiers: non, vous ne pouvez pas traverser, il n'y a pas de pont. Decourageant! Mais nous avons depense trop d'energie et trop d'heures sur la selle pour arriver ou l'on est, donc nous decidons de continuer, pour au moins verifier. S'il nous faut faire demi-tour, nous en aurons au moins le coeur net. Un tunnel d'1km de long sans lumiere et 20km de descente de l'autre cote du col plus tard, nous trouvons le Mekong. Les piliers du pont sont la, mais il n'y a pas de plateforme! Determines, nous trouvons quelqu'un qui nous fera traverser sur son petit bateau, frenetiquement finissant son bol de riz, alors que soulages, nous savourons le moment: tous ces kilometres n'etaient pas pour rien...

Nous pensions alors que nous avions roule sur toutes les surfaces possibles. Non, il nous restait encore notre propre version du Paris-Roubaix alors que nous pedalons sur des paves aux surfaces irregulieres et cahotantes... Ou encore pedaler sur les recoltes de ble etalees sur la route pour separer le grain de la paille... Quelle route!

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