Cambodge

"aucun reve jamais ne merite une guerre"

Non, il n'y a pas de bonne guerre. Le spectacle que le Cambodge nous offre, en ce debut d'annee 2005, nous fait nous poser la question tout de meme: quoi de pire qu'une guerre civile? Femmes, enfants, peres, cousins... des populations entieres coincees au milieu d'une guerre qui a laisse des traces: des visibles tres rapidement pour les voyageurs de passage que nous sommes et probablement des moins visibles.

Cette guerre - ou ces guerres si l'on commence en 70 avec le coup d'etat de Lon Nol et la fuite de Sihanouk, puis le regime de Pol Pot de 75 a 78 qui a vu pres du 1/4 de la population cambodgienne perir, puis une vingtaine d'annee de guerre civile ensuite entre le gouvernement de Phnom-Penh installe par les vietnamiens et la coalition de Sihanouk incluant, dans sa majorite, les khmer-rouges -, plus on essaie de la comprendre, moins on y trouve de sens, plus elle nous semble futile. Mais n'est-ce pas la le cas de toutes les guerres? Pendant des annees, les armes ont ete vendues, echangees traffiquees d'un cote et de l'autre, le partisan vendant a son ennemi parce-qu'il y avait un peu de gain a faire. Les Thais, les Vietnamiens, les Chinois, mais aussi les Malays, Singapouriens, Anglais, Americains... (la liste est longue) ont finance, entraine, fourni cette guerre. Les motivations etaient variees, le peril rouge tenant une grande place parmi elles. Alors pour tuer le peril rouge, ou a l'inverse pour faire avancer ses theses rouges, on a pose des mines, on a execute sommairement, on a cree des famines, on a fait travailler a mort les cambodgiens, de tous ages et tous sexes, on a seme la terreur... Les grands perdants ont ete, comme d'habitude, les cambodgiens eux-memes: toute une generation decimee, des annees de guerre, et aujourd'hui un pays qui est largement a la traine.

Pol Pot est mort, et il n'y a jamais eu de vrai jugement fait sur toute cette periode au niveau national. Les opinions sont divisees sur le sujet: il y a eu tellement d'horreurs commises par beaucoup, dans beaucoup de camps, qu'une these predominante aujourd'hui est avant tout de favoriser la reconciliation nationale pour qu'enfin ce pays puisse se remettre debout.

Parce-que ce pays, a en juger par ses signes exterieurs - aussi petits soit-ils -, est encore largement couche! Les routes d'abord: la majorite sont des pistes, plus ou moins praticables, et les ponts manquent ou sont provisoires (nous allons plus vite que les camions sur plusieurs troncons de la route principale, c'est dire!). Fini l'eclairage public dans les villes de province (nous ne sommes pas alles a Phnom-Penh, la capitale), beaucoup travaillent a la bougie lorsque le soleil est couche, une vraie difference avec la Thailande, la Malaysie ou meme le Laos ou nous sommes maintenant. La cuisine ne se fait plus sur le gaz, mais sur le feu de bois, pratiquement partout ou nous sommes passes. La nourriture est moins abondante, et plus simple. Les systemes d'irrigation pour multiplier le nombre de recoltes de riz sont absents ou rares (nous n'en avons pas vu). Il n'y a pratiquement pas de toilettes, l'impact sur l'hygiene publique est important (la diarree est la premiere cause de mortalite infantile). Beaucoup moins d'enfants vont a l'ecole il nous semble, a en juger par leur nombre dans les rues et villages a l'heure de l'ecole. Peu de femmes que nous rencontront dans les marches et petits restaurants savent lire. Il faut dire que les khmer-rouges, lorsqu'ils etaient au pouvoir, ont fait de l'elimination des professeurs et de la classe eduquee de la population cambodgienne (ainsi que de la population moine bouddhiste) l'une de leurs priorites - la plupart sont morts ou refugies a l'etranger. Les decennies de guerres civiles qui ont suivi n'ont pas permis le renouvellement. Le Cambodge en souffre aujourd'hui terriblement. Tres peu de teles et karaokes: l'un des premiers signes de developpement dans ces pays d'Asie du Sud-Est il semble! Enfin, sur la route, nous nous faisons beaucoup moins doubler par les motos (leur nombre a largement baisse) et nous trouvons a faire la course avec des multitudes de velos - le moyen de transport du pauvre dans ce coin de terre...

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